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Ophélie et les
directeurs des
ressources humaines

Collection Amphigouri
88 pages
Format : 21 par 26,5 cm
Imprimé en noir et blanc
Vendu au prix de
18 euros
Parution : mars 2006

ISBN : 2-35065-007-3

 

fremok.org > la librairie > Ophélie et les directeurs des ressources humaines

OPHELIE ET LES DIRECTEURS DES
RESSOURCES HUMAINES

D'Éric Lambé
collection Amphigouri / mars 2006

Un employé rêve d'une fiancée, une femme cherche un travail. L'homme est directeur des ressources humaines. Il ressemble à l'écrivain Fernando Pessoa. D'ailleurs il répond au CV d'une certaine Ophélie en recopiant le livre Lettres à la fiancée de Pessoa.
Une étrange errance commence dans une Bruxelles épurée. Une balade au fil des signes et des formes où le dessin dit la quête amoureuse de l'âme sœur mais aussi la quête douloureuse de l'emploi.

La ville de Bruxelles avait été désignée "capitale culturelle européenne" pour l'année 2000. C'est dans ce cadre que les éditions Fréon (qui n'étaient pas encore associées à Amok) avait proposé la création d'un atelier de création intitulé "Echangeur narratif". Trois ateliers ont eu lieu. Ce fut un moment important de l'aventure de la nouvelle bande dessinée. Des auteurs européens se rencontraient et vivaient quasi en communauté une expérience de création. Le collectif Fréon était installé dans une ancienne école technique. A l'occasion de la création de "l'échangeur narratif", l'atelier avait été installé dans une vaste pièce (glaciale l'hiver). Ce détail n'est en rien anecdotique car il a influencé en profondeur la création du livre d'Eric Lambé, qui fut un des auteurs à prendre part aux activités de l'échangeur narratif.

Voici le récit de la création du livre tel que je l'ai vécu et tel que j'y ai assisté. Ceci n'est donc pas un commentaire mais une chronique.

Eric et moi (je me permettrai d'appeler Eric par son prénom, le cadre de la chronique amicale l'autorise je pense), avions l'habitude de discuter en fin de journée, il me montrait l'avancement de son travail et je faisais de même. Un jour Eric m'a proposé de créer un livre avec lui, d'écrire un scénario. A ce moment, mon auteur de prédilection était Fernando Pessoa. J'écrivis donc un canevas (inspiré si je me souviens bien largement de la pièce ???). De ce canevas, Eric retint le personnage de Pessoa. Ma collaboration se résuma essentiellement à amener l'élément déclencheur du livre. Je fus en somme ce que l'on pourrait nommer un peu cavalièrement "l'étincelle de l'inspiration".

Par après, Eric se libéra complètement du carcan initial et créa une narration qui lui appartient totalement et pour laquelle je ne suis pour rien. Le récit reflète des soucis que nous avons tous partagé à l'époque des premières années de création de Fréon. Le chômage, la quête d'un travail et l'insertion dans la société. Nous avons tous connu de telles difficultés. La ville de Bruxelles, thème imposé, avait été d'abord cette ville dans laquelle vivre avait des accents pénibles de file d'attente à l'organisme gérant les chômeurs.

Cette ville n'était pas que le théâtre de ce triste ballet. Fernando Pessoa a, sans doute en raison de la communauté portugaise présente à Bruxelles, pris une dimension importante dans la ville. Le poète de Lisbonne a sa statue place Flagey et une station de métro évoque aussi sa personnalité poétique.

Il existe donc un lien entre Bruxelles et Lisbonne. Au-delà de ce lien, il se fait qu'Eric était un lecteur assidu du Livre de l'intranquillité. Cette lecture a sans nul doute orienté le récit ne serait-ce qu'en permettant à l'auteur de créer ce personnage de fonctionnaire amoureux un peu triste.

Si le contexte bruxellois et les lectures pessoesques d'Eric ont largement motivé la création d'Ophélie et les directeurs de ressources humaines, il faut aussi noter que la manière particulière de travailler d'Eric a contribué quant à elle à créer un dispositif qui n'est sans doute pas immédiatement lisible mais est en tous les cas repérable dans le livre. En effet, Eric, lorsqu'il travaille, installe au sol les planches et en a donc une vue presque cartographique qui contraste avec la vue imposée par la pagination. C'est ce contraste qui donne notamment sa force à la lecture du livre. Or cette installation, au sens fort et plastique du terme, a été possible car l'atelier était, à cette époque, suffisamment vaste pour que chaque auteur ait le loisir de poser, s'il le voulait, ses planches au sol. Cette manière de faire était une méthode qui permettait à Eric de progresser en repérant des rimes, des rythmes, des échos formels, des figures géométriques dans cette cartographie singulière que représentaient les planches étalées. Il ne faut pas oublier que le fil du récit est le parcours que doit faire le personnage pour rejoindre sa fiancée. La carte dans cette perspective est un élément clé de la narration.

C'est donc en se référant constamment à ces indications cartographiques que le livre s'est édifié.

Par la suite, j'ai rédigé un commentaire qui soulignait le rôle des contraintes dans le livre en insistant sur les aspects auto-réflexifs de la narration. C'est Jan Baetens qui a écrit un commentaire qui mettait en lumière l'aspect cartographique de l'opus.

La réédition du livre est une aubaine pour les lecteurs qui commencent à connaître l'oeuvre d'Eric, oeuvre qui s'est étoffée et qui affirme de mieux en mieux son territoire. Ophélie et les directeurs des ressources humaines est à relire dans la perspective des livres récents d'Eric, une telle lecture montre, je pense, combien ce livre aura été important et combien il ouvrait le chemin au livre sur Giacometti, notamment.

Olivier Deprez

Du même auteur aux éditions Frémok :

- Les jours ouvrables (1997)
- Alberto G. (avec Philippe de Pierpont, janvier 2003)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Éric Lambé, co-fondateur des revues Moka et Pelure Amère à l'aube des années 90, Eric Lambé a collaboré à Frigorevue, le Cheval Sans Tête, Bill avant de signer son premier album Les jours ouvrables aux éditions Amok. C'est avec Sifr, récit court du collectif Nous sommes les Maures qu'il débute sa collaboration avec Philippe de Pierpont.
Suivront Alberto G. en 2001, co-édition Le Seuil / FRMK, et récemment La Pluie aux éditions Casterman - Écritures. Aussi, son univers a rencontré celui de l'écrivain Marie Desplechin pour deux Carnets Littéraires aux éditions Estuaire : Le Sac à main (2004) et La Photo (2005).

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