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France, 1979. Encore dans les jupes
de nos mères, nous découvrions à
peine les joies rassurantes de la bonne BD franco-Belge.
Nous ignorions que la déflagration venait
d’avoir lieu. Quelque part dans les pyrénées
un zarbi aux cheveux rouges et au tee-shirt léopard
venait de publier le livre-virus. Lycaons, œuvre
moderne et vénéneuse n’invente
pas seulement la couleur directe, elle renouvelle
en profondeur les exigences du genre. Elle aurait
du balayer de sa puissance dévastatrice
les derniers préjugés juvéniles
qui collaient à la bande dessinée.
C’était sans compter sur la puissance
des conservateurs de l’ordre narratif. Aujourd’hui,
ce livre fondateur de l’esprit trouble du
Frémok est réédité
par nos soins, augmenté de trois précieux
récits parus uniquement dans Charlie dont
l’importance ne saurait échapper
aux lecteurs avisés. Lycaons retourne enfin
sur les tables des libraires ! On va pouvoir commencer
à parler de nouvelle bande dessinée….
…Grâce à cette réédition,
une nouvelle génération va pouvoir
lire Lycaons et se laisser envoûter par
ce livre qui n’a rien perdu de sa puissance.
Elle y trouvera un peu de politique, un peu de
fantastique, un peu de défonce, beaucoup
de sexe (surtout entre garçons), et des
décors de banlieue américaine, d’étendues
désertiques, de maisons borgnes, d’intérieurs
de bagnoles et de chambres à coucher. L’œuvre,
adulte résolument, d’un artiste qui
a fait son livre sans concession d’aucune
sorte, avec une confiance remarquable dans la
bande dessinée comme moyen d’expression
susceptible de véhiculer, aussi bien qu’un
autre, une poétique et une fantasmatique
personnelles.
Publiées la même année qu’Arzach,
le célèbre récit muet de
Moebius, les premières planches de Barbier
ont participé à l’irruption
d’une pratique nouvelle dans la BD française,
celle de la couleur directe. Précurseur
sur le plan technique, l’auteur de Lycaons
s’affirmait aussi d’emblée
comme un formidable dynamiteur de codes : ici
pas de blanc entre les images, pas de bulles (sauf
celle prononcée par " l’homme
qui parle comme dans les bandes dessinées
" !), une voix narrative omniprésente,
un récit troué, déconstruit,
des personnages aux identités floues, des
pages fréquemment réduites à
deux images. Barbier avait quelques longueurs
d’avance sur l’avant-garde graphique
des années quatre-vingt-dix. En imaginant
"un virus qui se colle aux gens par l’acte
sexuel", il signait aussi, malheureusement,
une douloureuse prémonition.
Comme tout ce que Barbier dessinera plus tard
– les artistes hantés par un univers
obsessionnel font toujours plus ou moins le même
livre – Lycaons reste une œuvre inclassable,
dérangeante, sulfureuse, hypnotique. Ce
ne sera jamais un classique. Et c’est tant
mieux.
Thierry Groensteen
(extrait de la préface à la réédition
de Lycaons)
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Entretien avec Alex Barbier sur De la
chose
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Entretien avec Alex Barbier sur Autoportrait...
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Entretien sur Lettres au maire de V.
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Entretien avec Alex Barbier sur Lycaons
Du
même auteur aux éditions Frémok
:
-
De la chose (1997)
- Lettres au maire de V.
(1998)
- Autoportrait du
vampire d'en face (Lettres au maire de V., vol
2) (2000)
Articles de presse
d'époque :
"Lycaons" d’Alex
Barbier, est un livre superbe, plein de foutre
et de sang, comme la vie. Chacune des images d’Alex
Barbier est infiniment plus belle que la plupart
des peintures qui encombrent les galeries et les
musées d’art moderne….
Wolinski in Charlie-Mensuel, mars 1980
Mais bien sur que la bande dessinée
peut-être un vrai genre, pas seulement un
truc pour mômes qui trépignent pour
être reconnu comme un grand ! la preuve
: Barbier. Un dessinateur étonnant, qui
ne doit rien à telle ou telle école
à la mode, une mise en pages implacable,
des couleurs (toutes les techniques de l’aquarelle
y passent) saisissantes de vérité
dans le cauchemar, des récits qui te laissent
pantelant… Longtemps que je n’avais
vu aussi beau, aussi peu bidon en B.D.
Cavana in Charlie-Hebdo, octobre 1979
Homosexualité, drogue,
sourdes dominations sado-masochistes, chiens-garous
aux yeux rouges…
ce maudit est habité par des horreurs sulfureuses
et verlainiennes.
Aujourd’hui, Barbier fait éclater
la B.D. et la bienséance. Demain peut-être,
il sera reconnu classique et salué comme
tel.
L’Express, avril 1980
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de page
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Né
en 1950 à Saint-Claude dans le Jura,
Alex Barbier est renvoyé
de l’éducation nationale alors qu’il
est professeur de dessin. Motif : attitude subversive.
Dès ses débuts en bande dessinée,
il marque le genre par deux livres qui paraissent
au début des années 80 : Lycaons
et Le Dieu du 12. écarté par la
frilosité des éditeurs, il travaille
la peinture sans jamais abandonner la bande dessinée.
Il reviendra un jour et il le sait. L’occasion
se présente avec une exposition rétrospective
en 1993 au CNBDI d’Angoulême et un
nouveau livre Les Paysages de la nuit aux éditions
Delcourt. La rencontre avec le Frémok (alors
Fréon) l’installe enfin comme référence
majeure d’une nouvelle génération
d’auteurs. Trois livres paraissent : De
la chose, un recueil de peintures érotiques,
Lettre au maire de V. et Autoportrait du vampire
d’en face .
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