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Dans un pays saturé de lumières
et de couleurs, quelque part du côté
de Perpignan, une épidémie aiguë
de dénonciations encombrent la boîte
aux lettres du maire de V. Les lettres dénoncent
le laxisme des uns, la perversité des autres.
Tout cela fait l’affaire d’un individu
peu recommandable qui se présente sous
le pseudonyme de L.G., coloriste. L.G. pour Loup
Garou, évidemment.
Des attouchements inadmissibles, des cadavres
exsangues, des lieux abandonnés, un voyage
assez bref dans les rues d’un ghetto new-yorkais,
tels, parmi d’autres, les éléments
du récit d’Alex Barbier : l’auteur
qui aime à disparaître derrière
l’anonymat de lettres inavouables, ici décadence
du geste mallarméen, disparition élocutoire
dans les bas-fonds de l’âme humaine.
Barbier a décidé de montrer la Bête
plutôt que l’Ange, à la fin,
et ce n’est pas ôter l’envie
de lire le livre que de le dire, c’est le
monstre qui gagne. La boucle est bouclée
et qui croyait prendre est pris. Lecteurs de tous
les pays unissez-vous et lisez, le soir, dans
vos chaumières, les récits terrifiants
d’un coloriste psychopathe.
Voici donc un livre qui aura préparé
sa réception auprès du lecteur par
des sentiers singuliers et pour le moins originaux
: la publication d’une étude dans
Frigobox 8 et une prépublication luxueuse
au Japon. Sans doute le contenu et la forme même
du livre exigent cette préparation. Lire
un livre de Barbier, c’est toujours aller
au-delà d’un choc aussi bien narratif
que visuel.
Depuis le début de son travail, Barbier
semble avoir trouvé sa manière,
une manière hyper construite et très
ouverte. On connaît ses influences parce
qu’il les revendique dans les interviews
et au sein de ses livres : la technique du cut-up
de Burroughs est l’emprunt le plus lisible,
pour le dessin, on songe notamment à Bacon.
Selon l’auteur, la forme narrative de la
lettre est la plus adéquate pour la mise
en place de son travail. La lettre anonyme autorise
en effet une souplesse dans la composition du
récit : n’importe quelle planche
peut devenir le vis-à-vis de n’importe
quelle autre. Dans ce sens, la technique du cut-up
trouve son accomplissement dans les pages sulfureuses
de Lettres au maire de V.
Le sujet des Lettres est la dénonciation
: dénonciation du laxisme des pères,
dénonciation de la perversion et du voyeurisme.
L’histoire des Lettres est celle de notre
quotidien médiatique, Barbier le dit, ses
personnages, il les a à portée de
main, il n’a plus qu’à s’en
emparer. La réussite du livre est d’abord
à ce niveau-là, mais, cependant,
ce n’est pas l’intégration
du drame médiatique qui marque son aura.
Ce qui ravit le lecteur, c’est la lumière.
La lumière colorée de Barbier est
l’authentique personnage du livre. Chez
Barbier, la lumière dévore la scène,
elle est l’éclairage qui signe le
regard d’un auteur.
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Entretien avec Alex Barbier sur De la
chose
>> Entretien sur Lettres au maire
de V.
>>
Entretien avec Alex Barbier sur Autoportrait...
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Entretien avec Alex Barbier sur Lycaons
Du
même auteur aux éditions Frémok
:
-
De la chose (1997)
- Autoportrait
du vampire d'en face (Lettres au maire de V.,
vol 2) (2000)
- Lycaons
(novembre 2003)
- Pornographie d'une ville (Lettres au maire de V, volume 3 (mai 2006)
- Lettres au Pair de F. (mai 2006)
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Alex Barbier
est né le 15 mars 1950 dans le Jura. Son
père est ouvrier dans le plastique, Barbier
entre aux Beaux-arts à Nantes en 1968 pour
devenir professeur de dessin. Il ne donnera ses
cours que l’espace d’une année
académique, ses méthodes déplaisent.
Ensuite il enchaîne le service militaire.
Sa première bande paraît dans Charlie
Mensuel en 1975. La collaboration avec Charlie
dure jusqu’au rachat du magazine par Albin
Michel. En 79 paraissent le Dieu du 12
et en 82 Lycaons, puis plus rien. Silence,
repli dans le pays, Barbier quitte la scène
de la BD. Vient le temps de la peinture, comme
si l’ambiance lourde de l’économisme
débridé des années quatre-vingt-dix
l’obligeait à un long hivernage.
Enfin en 92, tout arrive en même temps,
un contact avec Kodansha et puis l’exposition
au festival d’Angoulême avec la sortie
du livre Les paysages de la nuit. Depuis,
Barbier a encore publié chez Delcourt Comme
un poulet sans tête. Pour cause d’affinités
électives, il travaille désormais
avec Fréon.
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