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C’était le soir tard,
lorsque K. arriva. Le village était sous
la neige. La colline du Château restait
invisible, le brouillard et l’obscurité
l’entouraient, il n’y avait pas même
une lueur qui indiquât la présence
du grand Château.
Un homme qui se prétend géomètre
arrive un soir dans le domaine de l'improbable
comte West-West. Personne dans le village ne reconnaît
la légitimité de sa mission. K.
va donc errer d'un lieu à l'autre en quête
de cette légitimité inaccessible,
aussi inaccessible que la route qui mène
au château. Mais cette errance n’est
peut-être qu’un moyen pour montrer
autre chose. La matière qui génère
le récit, qui le parasite aussi bien donne
à l’errance un caractère d’incertitude
; l’image refuse la forme ou c’est
la forme qui tout simplement se refuse à
l’image. Le récit avance et s’autodétruit,
s’autodétruit au fur et à
mesure qu’il avance s’affirmant autant
si pas plus comme un piétinement réitéré.
Jamais le Château n’apparaît
vraiment, jamais K. ne rencontre Klamm, l’intermédiaire
mystérieux et bureaucratique de l’administration
du Château. Aller vers le Château,
c’est s’égarer à coup
sûr. Ouvrir les pages du livre revient à
risquer de se perdre dans la matière noire
et saccagée. Le livre se refuse à
l’instar du Château. Hypothèse
plus radicale encore, c’est l’œuvre
et le souci de faire œuvre qui se refuse.
L’impossibilité prend des proportions
énormes. Se rendre d’un point x à
un point y devient une exigence outrancière.
Le décor tient plus de la cabane que du
palais. Là ne règne que l’hostilité
la plus totale. On touche aux limites du sens
social et de l’humain. Toute joliesse qui
pourrait faire passer la pilule amère de
cette révélation proprement néantisante
a été écartée pour
ne laisser apparaître que la rugosité
de la chose. La chose et ce qu’est la chose,
rien de plus rien de moins. Alors intervient le
comique de la chose précisément,
car K. demeure insensible à la révélation
néantisante du Château, il s’en
contrefiche, lui, ce qu’il veut, c’est
se rendre au Château pour éclaircir
son problème administratif. K. tourne allègrement
le dos au langage du Château, il n’y
entend rien et ne veut rien entendre d’autre
que son langage à lui. Le Château
est aussi le récit d’un malentendu.
Le courant ne passe plus, le sens s’est
refermé sur lui-même et sera désormais
inaccessible. A ce jour, nous errons toujours
dans le domaine du Château.
L’on sait peu de choses de l’auteur
sinon que Le Château sera son premier livre
publié. «Auteur» est un mot
que «l’auteur» réfute.
«L’auteur» œuvre à
peine. A l’instar de K., «l’auteur»
est souvent pris d’une grande fatigue, ceci
expliquant sans doute cela. A l’instar de
K., «l’auteur» n’entend
rien au pays qu’il habite. «L’auteur»
pense que s’il ne tenait qu’à
lui, Le Château serait le premier et le
dernier livre qu’il souhaite publier. Au
Château, on attend personne.
Entretien
avec Olivier Deprez
Propos
théoriques
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de page
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Graveur,
dessinateur, Olivier Deprez
est né en 1966 à Binche et vit à
Wavre (Brabant). Il enseigne la gravure, le dessin
et la narration à Bruxelles dans des écoles
supérieures d'arts graphiques. Membre du
Frémok, il puise l'essentiel de son inspiration
dans les textes d'auteurs divers et dûment
choisis. Il a publié des fictions littéraires
et des bandes dessinées dans des revues
littéraires et graphiques. Ses études
pour Le Château sont ainsi régulièrement
parues dans la revue Frigobox dans laquelle il
a également réalisé un important
travail théorique sur la bande dessinée.
Il travaille actuellement autour de l’oeuvre
du poète américain A.R. Ammons ainsi
que celle du peintre russe Nikolaï Dronikov.
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