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L’histoire narre les mésaventures
d’une Justine perdue dans un monde de lucre.
Les lois de ce monde sont des lois de gangsters,
les conflits se règlent à la mitraillette
et les filles sont liftées par des médecins
pas trop regardant sur l’éthique
d’Hippocrate. Gloria est évidemment
assassinée. Le médecin légiste
qui l’ausculte devient le héros d’une
quête sans fin et pour le coup impossible.
Le livre se termine sur une collection de grandes
images, ainsi le lecteur vient-il aussi buter
sur l’énigme de Gloria Lopez. Que
racontent-elles ces images ? Sont-ce des photographies
de l’enfance de la sud-américaine
Gloria ? Il faudra lire et relire le livre pour
tenter de donner une réponse plausible
à ces questions.
Pour jouir vraiment du récit, plusieurs
lectures seront de mise. En effet, la bande dessinée
que pratique Thierry Van Hasselt est une bande
dessinée qui résiste à la
lecture. Le récit ne véhicule pas
de vérité monolithique définitive,
au contraire il orchestre un mouvement de questions
qui s’en vont toutes buter sur l’opacité
d’un corps mort. Le motif de l’analyse
médicale pourrait être privilégié
comme signe d’une invitation à investiguer,
à soulever les couches superficielles pour
mettre à jour les organes intérieurs
de la narration. Le trouble naît quand le
lecteur découvre que nulle solution autre
que la matière exhibée ne vient
nourrir sa quête. Gloria Lopez devient ainsi
progressivement le nom d’un vertige, d’un
trou noir impossible à combler, un tonneau
des Danaïdes offert à l’inlassable
désir de clarification du lecteur. Le sommet
de l’éloge au voilement est atteint
lorsque de manière quasi obsessionnel le
portrait de Gloria Lopez se répète
jusqu’à se brouiller et se perdre
dans la matière noire du monotype. Présence
de l’encre, absence d’un corps, le
livre se tient dans la dialectique des deux éléments,
l’un renvoie à l’autre et inversement.
Le livre de Thierry Van Hasselt est remarquable
à plus d’un niveau. Primo, c’est
son ampleur qui fascine, un livre de deux cents
pages. Pour une première publication, le
choix du long récit situe d’emblée
l’exigence narrative et esthétique
revendiquée par l’auteur. Deuxièmement,
l’usage du noir et blanc frappe par la singularité
du dessin, il y a un côté vieille
photographie conjugué aux subtilités
de touches d’un peintre. Pas n’importe
quel peintre assurément, mais un peintre
qui voudrait donner à percevoir tout un
velouté de gris variés dans les
écritures et dans les tonalités.
Cette beauté presque anachronique résulte
de la technique employée par l’auteur,
le monotype, technique qui consiste à étaler
de l’encre sur une surface souple mais solide,
du plexiglas par exemple. La technique est parfois
un alibi, un moyen d’enjoliver artificiellement
le récit, Gloria Lopez prend le contre-pied
de cette tendance esthétisante et tire
son propos des noirceurs floues et subtiles de
l’encre sépia qu’il étale
avec maîtrise sur le plastique.
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Entretien avec T. Van Hasselt sur Gloria
Lopez
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Entretien avec T. Van Hasselt
sur Brutalis
Du
même auteur aux éditions Frémok
:
-
Brutalis (avec Karine
Pontiès, 2002)
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Membre
fondateur des éditions Fréon et
du Frémok, éditeur, scénographe,
installateur, graphiste,
Thierry Van Hasselt est
avant tout un auteur de bandes dessinées.
Son travail a rencontré une importante
reconnaissance critique à la sortie de
son premier livre : Gloria Lopez , enquête
et monologue obsessionnel sur les traces d’une
«vertueuse Justine», mise à
nu d’un meurtre dans les milieux de la prostitution,
récit englué dans l’épaisse
grasseur de l’encre.
Il travaille actuellement à l’élaboration
de deux longs récits :
Jean et Denise : récit de la vie quotidienne
d’un couple bourgeois consumériste
rattrapé par une irrationelle envie de
dispersion.
La petite main : monologue halluciné d’un
valet de l’Ogre ,un Gilles de Rais actuel,
en route pour l’échaffaud…
Ces récits font l’éloge de
la matière, celle-ci est triturée,
étalée, diluée, et du coup
le récit lui-même paraît s’embarquer
dans ces manœuvres jusqu’à s’enfoncer
dans les noirceurs veloutées du crayon
aquarelle, de l’encre sépia du monotype,
ou de l’acidité colorée de
la peinture à l’huile.
Sans ambiguïté le dessinateur et narrateur
se situe au sein d’une modernité
militante qui croit aux puissances des formes.
Son travail a été exposé
dans de nombreux festivals européens et
a été présenté dans
le cadre de l’importante exposition que
le Festival International de la Bande Dessinée
d’Angoulême a consacré au Frémok.
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