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Che / épuisé
Collection Amphigouri
84 pages
Format : 21 par 26,5 cm
Imprimé en noir et blanc
Vendu au prix de 14 euros
Parution : 2001

ISBN : 2-930204-24-9

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CHE / épuisé
De Alberto Breccia, Enrique Breccia (dessin) et Hector Oesterled (scénario)

collection Amphigouri / 2001

>> Voir les dix premières pages au format PDF <<

Bande dessinée culte. Grâce aux éditions Frémok ce livre peut s’adresser aujourd’hui au lecteur « double » que visaient Alberto et Enrique Breccia dans leur mélange explosif d’esthétique et de politique, d’avant-garde et d’agit-prop.

La biographie du Ché se construit sur une narration croisée en deux temps. Une partie de la trame du récit met en perspective de façon très réaliste, objective quasiment, la vie de Ché Guevara. En parallèle, le récit met également en scène le dernier combat du révolutionnaire. Le choix d'une telle construction permet d'introduire dans la vision du Ché une grande dose d'humanité et une coloration de l'existence de celui-ci extrêmement riche. Le fait de montrer le Ché en enfant chétif, par exemple, démonte le mythe du leader charismatique propagé par l'iconographie gauchiste et révolutionnaire. Le récit du dernier combat du Ché est également sans concession et l'idéologie y a une part restreinte. Le lecteur suit une aventure qui s'enfonce inéluctablement dans la tragédie et les croyances idéologiques quant au " peuple " sont mises à mal par le récit. En contrepoint, la dernière séquence s'apparente à une scène religieuse de mise au tombeau. Le livre offre ainsi à son lecteur une vision tout sauf simplificatrice de l'existence d'un homme qui a rêvé à une meilleure société où la révolution commence d'abord dans le cœur de l'homme.

Alberto Breccia racontait lors d'un entretien que ses livres avaient toujours un succès - très relatif, il est vrai -, au moins dix ans après leur publication. Il est curieux de constater à quel point un dessinateur qui a marqué des générations d'auteurs et de lecteurs est demeuré dans l'ombre du succès. Voilà pourtant un dessinateur qui a une palette extrêmement ouverte que ce soit du point de vue des genres ou des styles. Alberto Breccia a dessiné de la science-fiction, des récits d'aventures, des adaptations, des bandes humoristiques. Cette richesse est-elle à l'origine de la renommée décidémment trop discrète du maître argentin ? Sans doute, mais la diversité n'explique pas tout. La noirceur des livres de Breccia, leur profondeur aussi bien métaphysique que politique explique peut-être, en partie, la réticence des lecteurs.
Les lecteurs qui ne connaissent pas encore l'œuvre d'Alberto Breccia doivent cependant se réjouir car en dépit des publications en français somme toute peu nombreuses, la (re)découverte du dessinateur argentin promet à ceux-là de belles heures de lecture.
Rappelons brièvement qui est cet artiste. Alberto Breccia vivait à Buenos Aires comme Borges. Il est d'abord ouvrier dans les abattoirs de la ville. Progressivement, il se libère de cette condition en dessinant et en placant ses bandes dans des revues. Il décroche des contrats pour élaborer des séries. Il va ainsi se forger sa manière de travailler.
Alberto Breccia est un lecteur assidu de romans et d'essai, surtout les essais. Il adaptera de nombreuses œuvres : Poe, Sabato, les frères Grimm, etc. Breccia crée ses récits avec des scénaristes qui ont du caractère. Hoesterheld, assassiné par la junte militaire argentine, sera l'un d'eux. Dans l'œuvre de Breccia, on retrouve des références littéraires, philosophiques; Buenos Aires est omniprésente tant et si bien que Breccia lui-même déclare que nombre de ses récits sont en parties hermétiques à ceux qui ne connaissent pas la culture de la capitale argentine; la politique est également toujours présente, Breccia vit dans un climat de bouleversement du pouvoir quasi perpétuel, la pauvreté est partout présente.
Hector Oesterheld est quant à lui le " plus fameux scénariste argentin ", né à Buenos Aires en 1919. Il est à l'origine des personnages tels que Sergent Kirk et Ernie Pike (dessiné par Pratt). Il a co-signé " L'éternaute ", " Sherlock Time " " Mort Cinder " et " Ché ". Il est l'initiateur de la science-fiction en Argentine.
Oesterheld était un scientifique, un écrivain et un homme de conviction. Spécialisé en géologie, Oesterheld occupe une partie de son temps à écrire des histoires pour enfant. A trente ans, il décide de se consacrer avant tout à écrire des histoires. Son œuvre s'étale des années cinquante aux années soixante. Il participe à des revues comme " Misterix ". Les critiques s'accordent pour reconnaître dans " L'éternaute " sa réussite la plus exemplaire. Ses personnages sont des héros ambigus qui évoluent dans les coins sombres de la société. Oesterheld entremêle la réalité et la fiction de façon à ce que la fiction gagne en réalité et la réalité se dissolve dans la fiction provoquant dans l'esprit du lecteur une déstabilisation, une latence. Mort Cinder est l'un de ses personnages à travers lequel s'exprime le mieux cet échange.
Enrique Breccia pour sa part donne à l'album ses tonalités les plus modernes. Son intervention dans la création du livre réussit à transcender le graphisme très connoté de la partie la plus biographique et la plus réaliste du récit. Son apport graphique crée un décalage, pour mieux dire une ouverture qui permet au livre d'accéder à un plan plastique supérieur. Malheureusement, il semble que le fils inverse le trajet de son père. Alberto Breccia part en effet des séries pour aller vers l'avant-garde, Enrique inverse ce processus. Il s'agit incontestablement d'une grande perte pour la bande dessinée moderne.
D'une certaine manière, la biographie du Che par Hector Oesterheld, Alberto Breccia et son fils Enrique Breccia représente le sommet d'une œuvre engagée sur le plan esthétique et politique. L'histoire du livre se confond avec la réalité. En effet, l'œuvre des Breccia qui connaît d'abord un succès retentissant est ensuite soumise à la terreur de la junte militaire. Les exemplaires saisis sont brûlés et Alberto Breccia par crainte d'être arrêté détruit les planches originales, le dessinateur garde quelques exemplaires du Che qu'il enterre dans le jardin.
Le scénariste du livre est assassiné, les Breccia essaient d'être discrets pour ne pas connaîtrele même sort funeste. Des années plus tard, le livre paraîtra en Italie et en Espagne, mais sans jamais plus connaître son succès initial. Selon Breccia, les temps ont changé et la culture mass médiatique a endormi la vigueur critique de la jeunesse.
La biographie du Che par les Breccia et le scénariste Oesterheld est exemplaire d'un souci de montrer la vie et d'en dévoiler le sens métaphorique. Le récit est réaliste et excède tout réalisme. La beauté des images est terrible dans le sens premier du terme, car les séquences inspirent la terreur et rendent très bien l'athmosphère de désarroi et de misère qui était celle de l'Amérique Latine dans les années cinquante et soixante.
Cette terreur est au demeurant un fil conducteur de l'œuvre de Breccia. Chaque récit tourne autour de la peur qui habite l'homme. La peur est véritablement le centre de l'œuvre. Des livres comme L'éternaute ou dans un tout autre style et genre Dracula sont entièrement motivés par la peur. Ceci explique sans doute pourquoi les critiques, et Breccia lui-même, ont qualifié cette œuvre d'expressionniste. On retrouve chez Breccia la tension d'un Munch, l'atmosphère de désastre d'un Dix (le Dix des gravures de guerre), le grotesque d'un Grozs.
Il faut enfin souligner que si Breccia apparaît comme un maître de la bande dessinée, il a souvent signé ses livres avec d'autres, soulignant ainsi combien la bande dessinée est avant tout une aventure collective.
La publication en français de la biographie du Ché est un événement. Gageons que dans l'atmosphère étrange qui est désormais la nôtre, ce livre trouvera des lecteurs nombreux.

>> Entretien avec Alberto Breccia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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