|
Obscurité / solide et grasse
/ paysage de poussière et d‘angles
/ observations préliminaires / peau et
os / membres et pensée / évolutions
accélérées de l'espèce
/ dégénérescences cycliques
/ brut / sans nettoyage ni ménage / langueur
de la posture / réminiscence de l’encre
et du papier / miroir infranchissable /images
furtives et fuyantes / reflets avalés par
la lumière / sortie du terrier / comme
s’il faisait jour (surex) / la chaleur et
son contraire/ être dehors / s’y frotter
/ remettre la peau en place / secouer / intérieur
intime et organique / trouver la personne à
habiter / personne à habiter / identité
volatile et sourde / semer le trouble / remuer
encore.
Un livre sans parole, ou presque, si l’on
excepte quelques informations et la quatrième
de couverture qui pourrait être, mais ce
n’est qu’une hypothèse, comme
le mode d’emploi ou la notice explicative.
Sur la couverture, le titre s’inscrit discrètement
; le nom des auteurs est à peine lisible.
Le noir occupe la majeure partie de l’espace,
une silhouette accroupie anime de sa présence
énigmatique ce lieu obscur. Tournant la
page, le trouble n’est pas moindre. Une
suite d’images, peut-être une séquence,
sans texte : des yeux d’abords, un paysage
ensuite, en panoramique, et puis un corps que
dévore sans cesse l’obscurité
quand ce n’est pas une soudaine lumière
crue qui l’absorbe.
Tout en ce livre paraît résister
au sens, au récit et pourtant une représentation
se joue, un spectacle se fomente puisque l’on
sait que le livre évoque un spectacle,
en est le témoin et peut-être déjà
le témoignage.
Malgré la résistance du livre à
se livrer, la lecture offre des plaisirs visuels
et finalement narratifs. Plaisirs visuels dus
à la virtuosité graphique du dessinateur.
La peau, le corps, les tissus sont suggérés
avec une extrême maîtrise et une tout
aussi extrême liberté. Mais virtuosité
rime ici avec fragilité.
Dans cet univers infra-narratif, le récit
ne pointe que dans la trace du pinceau. L’œil
peut à loisir se perdre dans les moirures
sombres, dans les plis de la matière, à
la surface du corps dessiné. Peut-être
est-ce un livre qu’on ne lit pas mais qu’on
regarde tout simplement. Peut-être est-ce
un livre essentiellement destiné au regard
et au regard seul. Un livre pour spectateur et
pas pour lecteur. Un livre qui se refuse à
être lu ?
Malgré tout, on lit. N’oublions pas
que l’un des auteurs de ce livre a écrit
et dessiné Gloria Lopez. Que penser de
ce livre alors ? Rupture avec le récit,
ou, et l’hypothèse est plus risquée,
mise en crise de la narration avec d’autres
moyens ? A poser la question de cette manière,
il se peut que cette opacité qui envahit
le lecteur s’éclaircisse quelque
peu. Au fond, pourquoi ne pas lire Brutalis comme
un Gloria Lopez moins la fiction ? Un Gloria Lopez
qui ferait la part la plus belle à la matière
et qui éluderait la fiction. Ou encore,
la représentation plutôt que la fiction.
C’est bien à une nouvelle manière
d’envisager la trace, de vivre la matière
graphique que le livre nous convie.
>>
Historique du projet par Thierry
Van Hasselt
>> Démarche
chorégraphique
par Karine Pontiès
>>
Entretien avec T. Van Hasselt sur Gloria
Lopez
Du
même auteur aux éditions Frémok
:
-
Gloria Lopez (1999)
/ épuisé
haut
de page |
 |
Membre
fondateur des éditions Fréon et
du Frémok, éditeur, scénographe,
installateur, graphiste,
Thierry Van Hasselt est
avant tout un auteur de bandes dessinées.
Son travail a rencontré une importante
reconnaissance critique à la sortie de
son premier livre : Gloria Lopez , enquête
et monologue obsessionnel sur les traces d’une
«vertueuse Justine», mise à
nu d’un meurtre dans les milieux de la prostitution,
récit englué dans l’épaisse
grasseur de l’encre.
Il travaille actuellement à l’élaboration
de deux longs récits :
Jean et Denise : récit de la vie quotidienne
d’un couple bourgeois consumériste
rattrapé par une irrationelle envie de
dispersion.
La petite main : monologue halluciné d’un
valet de l’Ogre ,un Gilles de Rais actuel,
en route pour l’échaffaud…
Ces récits font l’éloge de
la matière, celle-ci est triturée,
étalée, diluée, et du coup
le récit lui-même paraît s’embarquer
dans ces manœuvres jusqu’à s’enfoncer
dans les noirceurs veloutées du crayon
aquarelle, de l’encre sépia du monotype,
ou de l’acidité colorée de
la peinture à l’huile.
Sans ambiguïté le dessinateur et narrateur
se situe au sein d’une modernité
militante qui croit aux puissances des formes.
Son travail a été exposé
dans de nombreux festivals européens et
a été présenté dans
le cadre de l’importante exposition que
le Festival International de la Bande Dessinée
d’Angoulême a consacré au Frémok.
|