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> Frédéric Coché, sur Vie et mort du héros triomphante
Entretien avec Frédéric Coché
auteur de Vie et mort du héros triomphante

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Lire aussi : entretien sur Hortus Sanitatis
Comment est né le projet ?
Je ne me souviens absolument pas de l'origine précise du projet. Au départ, il était fondé sur une question très formelle : partir d'un tombeau pour reconstituer la vie d'un personnage. Je me suis rendu compte que ça ne pouvait qu'être anecdotique si je restais collé à ce personnage. Il s'agit d'autre chose en fait : le tombeau est une lutte contre l'entropie. Il s'agit donc de raconter cette lutte.
Vie et mort du héros triomphante. Pourquoi cette formulation étrange et cette "faute" d'accord sur triomphante ?
Il y a le héros, un petit personnage embaumé et corseté de bandelette par ses parents et la société qui l'entoure. C'est le petit moi sans majuscule. Ce petit moi à conscience de deux choses : autour de lui, et même sans doute en lui, avant l'embaumement, un bouillonnement, un grouillement dont chaque particule ne cesse de vouloir prendre toute la place. Eros débridé...
Mais on l'a embaumé. C'est à dire qu'on l'a nettoyé. On a retiré tout ce qui grouille. On l'a mis dans un tombeau, qui est le lieu de résistance ultime à la corruption : la pierre taillée géométriquement ne peut être submergée par la nature. Et in Arcadia, ego : Moi, le tombeau, je reste, même en Arcadie. Même au milieu de la jungle grouillante je perdure. La géométrie est l'instrument de lutte ultime contre l'entropie de la vie. Le père du héros est un roi (comme tous les pères). Et ce roi, comme tous les rois lutte contre l'entropie. Contre le changement et la dispersion. La lutte contre ce qui est naturel est titanesque, même pour un roi.
Il y a donc le héros, sans majuscule, qui est ballotté dans une opposition qui le dépasse: la Vie grouillante qui envahie et la Mort géométrique qui fait durer. Qui triomphera ? L'accord est forcé au féminin car le héros n'est pas concerné par le triomphe de l'une ou l'autre des entités qui s'affrontent. Car attention, l'une des deux peut à chaque instant triompher.
Quelle est est à ton avis la meilleure façon de lire Vie et mort ? Te semble-t-il nécessaire de percevoir l'ensemble des références qui peuvent être faites tout du long de ces pages ?
Bien sûr, et heureusement pour les lecteurs, il n'est pas nécessaire d'être dans ma tête pour pouvoir lire le livre. J'ai conscience qu'il est assez difficile. C'est même sans doute le plus difficile assemblage que j'ai osé proposer à la lecture. On comprend comme on peut (ce n'est pas péjoratif) en y associant ses propre référents. C'est le propre d'une oeuvre qui ce veut ouverte. Au plus l'ouverture est grande, au plus on y met de chose. Même je sais hélas que le lectorat de masse préfère les couloirs étroits et bien balisés.
J'oserais même une comparaison qui peu sembler un peu vaniteuse, mais qui est à prendre comme une balise plus que comme un équivalent : qui peut prétendre à comprendre toutes les références de Paul Celan ? Ou de Stéphane Mallarmé ?...
Tu es également peintre. Comment tes pratiques s'alimentent-elles les unes les autres ?
Jusqu'à présent, l'équilibre se faisait par alternance : de petites gravures pour les livres, puis de grandes peintures pour les expositions. Mais je viens de me décider pour un mélange. Le prochain livre sera fait à partir d'un cycle de grandes peintures... Une histoire de super héros, mais... chut!
Comme Hortus Sanitatis, Vie et mort est un récit muet (à part des titres de chapitres). On se dit néanmoins que derrière ce travail qui s'appuie sur une culture de l'image (au sens végétal ou bactériologique du terme culture), il y a manifestement aussi des influences littéraires. Quelles sont-elles ? Envisages-tu un récit qui utilises davantage l'écrit ou la parole ?
C'est vrai, pour chaque livre, je me constitue un univers de référents, à la fois d'images, mais de textes. J'ai beaucoup lu les Cantos de Pound en faisant ce livre. Je citerais Celan, aussi, et puis Artaud. Pour compléter la liste, un peu de théorie avec Riegl, Ehrenzweig et pour bien finir cette liste le maître Heidegger. Pour les images, les alcôves ou je brûle humblement des cierges sont celles de Borowski et de Gasiorowski.
Pour ce qui est de l'utilisation du texte, j'y viens. C'est très progressif car je n'ai aucun don, et que je suis feignant. Le prochain sera un peu plus loquace...

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