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Les entretiens
Yvan
Alagbé,
auteur de Qui a connu le feu
Alex
Barbier,
auteur de Lycaons
Alex
Barbier,
auteur de Lettres au maire de V.
Alex
Barbier,
auteur de Autoportrait du vampire d'en face
Alex
Barbier,
auteur de De la chose
Paz
Boïra,
auteur de Encore un exemple où la vie est comme ça
Olivier
Bramanti,
auteur de Le chemin des merles
Olivier
Bramanti,
auteur de Qui a connu le feu
Alberto
Breccia,
auteur de Che
Frédéric
Coché,
auteur de Hortus Sanitatis
Frédéric
Coché,
auteur de Vie et mort du héros triomphante
Olivier
Deprez,
auteur de Le Château
Martin
tom Dieck,
auteur de Les nouvelles aventures de l'incroyable Orphée
(avec Jens Balzer)
Vincent
Fortemps,
auteur de Chantier Musil (coulisse)
Dominique
Goblet,
auteur de Souvenir d'une journée parfaite
Ben
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auteur de Le juif de New York
Kamel
Khélif,
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Jean-Christophe
Long,
auteur de Modo Quid
Michael
Matthys,
auteur de Moloch
Pedro
Nora,
dessinateur de
Mr Burroughs
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Pontiès,
chorégraphe de Brutalis
Raul,
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(avec F.H. Cava)
David
Soares,
scénariste de
Mr Burroughs
Stefan Van Dinther,
auteur de CHRZ
Thierry
Van Hasselt,
auteur de Gloria Lopez
Thierry
Van Hasselt,
auteur de Brutalis
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> entretiens
> Alex Barbier, à propos de Lettres au maire de V.
Postface au communiqué de presse par Alex Barbier
auteur de l'album
Autoportrait du vampire d'en face

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Voilà. Je vais vous expliquer. Je suis très paresseux. Quand j’étais à l’école primaire, j’étais un petit garçon bien sage, qui savait toujours bien ses leçons. J’étais toujours premier. Et puis, brutalement, en entrant dans la « grande » école, je suis devenu un cancre : trop de profs, trop de monde, trop de matières, trop de tout… Il fallait être bon en tout. Et il y avait ce petit merdeux descendu de sa montagne qui ETAIT bon en tout… Et cet autre, un grand merdeux, qui ETAIT toujours premier. En tout. Trop, c’était trop. J’ai commencé à me dire : J’ETAIS EXCELLENT EN DESSIN ! JE VEUX DIRE : J’ETAIS LE MEILLEUR DE LA VILLE EN DESSIN ! Aucun de ces imbéciles de professeurs ne m’arrivait à la cheville DANS CETTE PUTAIN DE VILLE ! Eh bien ! Un jour, cet idiot de prof de dessin qui avait un grand nez, a demandé qu’on lui dessinât une PLUME ! Eh bien ! C’est pe-tit-mer-deux-des-cen-du-de-sa-mon-ta-gne qui était bon en latin, en math, en français, en géographie, en histoire, en physique, QUI A EU LA MEILLEURE NOTE ! Et la deuxième meilleure note, c’est grand-mer-deux-qui-é-tait-tou-jours-pre-mier qui l’eu ! Alors, je me suis dit : « A quoi bon ? » Petit merdeux descendu de sa montagne est dentiste aujourd’hui… Grand merdeux est derrière un guichet…
Ce genre d’expérience vous permet de relativiser, moi je trouve…
C’est pour ça, que je suis un marginal. Dans la BD et dans le monde. Et vous savez quoi ? CA ME PLAIT ! Tout le monde conduit une voiture : PAS MOI ! Mais je me déplace quand même. Tout le monde a un téléphone portable : PAS MOI ! Mais je parle quand même. Tout le monde a un ordinateur : MOI AUSSI ! Mais j’ai aussi un stylo. Tous les dessinateurs de BD publient un album par an, dans mon pays, car ils ont peur qu’on les oublie (ils n’ont pas toujours tort) : PAS MOI ! Je suis inoubliable. La preuve : TOUS LES JOURS JE PENSE A MOI ! Tous les dessinateurs essaient d’être le plus lisible possible, le plus « clair » possible (de la « ligne claire ») : PAS MOI ! Je pense que dans une œuvre d’art quelle qu’elle soit, il doit y avoir de l’obscurité. Parce que le monde dans lequel nous vivons est comme ça : brouillé. C’est pourquoi j’ai inventé une école de bandes dessinées dont je suis le SEUL MEMBRE, et qui s’appelle LA LIGNE BROUILLEE ! ET voilà ! Ah ! Mais !
Je parle toujours de moi, dans mes BD. Si j’emploie cette forme épistolaire si étrange, c’est POUR QUE CA NE SE VOIT PAS TROP !
Tous les ans, au printemps, je m’en vais à St-Claude, dans les montagnes du Jura. Je reste là quatre mois. Tous les ans. Si je ne pouvais pas y aller, je mourrais. Je vais là pour travailler la BD, car pour cela, il me faut être vraiment seul. Cet appartement a appartenu autrefois à mon grand-père. Il était fabricant de pipes. A St-Claude TOUT LE MONDE était fabricant de pipes. Dans le grenier de cette maison, il y a encore deux tonnes de pipes. Et dans son vieux bureau, j’ai trouvé des registres de comptes, entoilés de noir, très beaux, très anciens, dont l’un était vierge. C’est sur ce registre que j’écris, que je prends des notes pour mes bandes… Que je mets les textes définitifs… C’est pourquoi ma pratique de la BD est de l’ordre du « registre »…
- Mais comment faites-vous pour rester seul pendant quatre mois ? SANS VOIR -PERSONNE !
- Oh ! Mon Dieu !
- Ca ne vous manque donc pas, de ne pas voir des GENS ?
- Oh ! Seigneur !
- Moi, je deviendrais FOU !
- OOOOOH ! MOI AUSSIIII ! Je chante sous la douche, et parfois même QUAND JE NE SUIS PAS SOUS LA DOUCHE ! Je m’endors DEVANT LA TELE ! Je me lève à cinq heures du matin ! POUR LIRE !
- Je… Eh bien ! Je cr…crois qu’il est temps de nous quitter, ahem ! Pas vrai ? Je… Je vais vous laisser travailler… Eh bien ! Heu… Au revoir !

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